mardi 29 mars 2011

Par contre

si c'est possible d'éviter de mettre des photos de Berlin ou des musées, de Disney et de toutes les rues et des quais de Paris sur facebook, ce serait gentil. Merci. Parce que j'en ai marre de voir ressurgir la douleur sans avoir été prévenue avant ; et je déteste vomir.

Life is life, la la la la la. Mais j'aimerais bien que la mienne se passe calmement.

Par solitude j’entends une solitude dans le domaine du positionnement existentiel


Moi j’en ai rien à foutre, puisqu’on est toujours seul (je viens de m’en rendre profondément compte ; avant je m’en rendais superficiellement compte ; le passage c’est quand tu vomis tes tripes en pleurant tel un hystérique, je pense; à partir de ce moment : là tu as bien compris et la vie peut reprendre son cours. Tu es un peu plus proche de Hank) je vais reprendre ma vie, je n’allais de toute façon pas me décalquer aux myorelaxants – quoique certains lecteurs m’aient envoyés des demandes du type : ne te suicide pas s’il te plaît ; viens on va marcher dans un jardin de Paris je te pousserai en fauteuil roulant et je te mettrai une poche de perfusion. C’est gentil –mais j’aime pas trop les piqûres.
Il y a du soleil, j’ai une carte UGC illimité et les pizzas en bas de chez moi ne sont pas mal. Puisque déjà quand j’étais en couple j’étais seule (mais c’était tout de même différent, puisqu’il existait un espoir, de ne pas être seul, que l’autre s’intéresse à notre être, à notre bien-être) ; je peux bien supporter d’être seule seule.
Quelques fois j’envie ces gens qui sont mariés (chienne de superstructure capitaliste) et dont la vie est confortable puisqu’ils ont signé un contrat qui les oblige à rester ensemble : d’un point de vue existentiel, ils sont accompagnés.

samedi 26 mars 2011

Je viens de voir une publicité qui présente un camembert, au milieu d’un jeu sexuel. « Le camembert, c’est sensuel ». Il se trouve qu’il fallait la faire celle-là, mais maintenant qu’on a atteint le paroxysme du n’importe quoi, il faut arrêter.
D’ailleurs cela me conforte définitivement dans cette conviction : la vie est vaine vaine vaine.

vendredi 11 mars 2011

A Paris III,

on passe des cours entiers à prendre en note des dissertations que le prof a pensées. On démarre en flèche sur des sujets comme l’inertie chez Saint John Perse, ou le héros tragique. Le mec il a déjà fini qu’il n’a pas encore commencé à conceptualiser (c’est un peu embêtant). Il en vient à confondre le statisme et l’inertie, et le héros tragique et le héros de la tragédie (non mais vraiment, ça révolterait n’importe qui). Moi ça me révolte, et il a beau nous lire à haute voix du Saint John Perse et du Rimbaud, j’arrive pas à me concentrer. Il fait trop crainri il connaît la littérature, tu vois, mais en fait il a trop le seum.

Depuis que

j’ai constaté que travailler et réfléchir étaient absolument non coïncidants, j’ai compris que j’allais devoir lutter. J’ai donc acheté une parka kaki pour symboliser le combat, et je me chante la musique de Rocky tous les matins (bien entendu tout est vrai).

J’ai en fait décidé de démissionner et de ne plus jamais remettre les pieds dans ce collège ; jeudi était mon tout dernier jour. Les autres surveillants avaient passé la journée à répéter « crainri » : il fait crainri, mais j’en ai marre de tous ces crainri (ce mot semble ne posséder aucune catégorie grammaticale). C’est là que je me suis rendue compte que ce milieu accueillant et propice au développement personnel n’était vraiment pas pour moi ; quoique depuis septembre déjà j’avais pas mal remarqué. Finies les anecdotes sur les cinquièmes qui font l’amour et sur les troisièmes qui font des fausses couches. Finies les conversations où ne perce que l’incommensurabilité du vide cérébral des surveillants.
Ca ira, je m’en remettrai. Comptez sur moi je ferai un effort.

mardi 8 mars 2011

Plus je réfléchis, plus j'aimerais m'appeler Hank et n'en avoir rien à foutre de tout.
Je n'envisage pas de changer de sexe, mais 1. être un homme c'est tellement plus facile pour le dressage des petits animaux et 2. n'en avoir rien à foutre doit être très relaxant.

Nous avons une nouvelle CPE au collège.

Quand je suis arrivée ce matin, je suis entrée dans son bureau pour lui dire « Bonjour, moi c’est Marine ». Elle m’a dit « Bonjour, vous enseignez quelle matière ? ». Je l’aime bien.
Mais cela ne m’empêchera pas de démissionner dès que j’aurai les enregistrements de discussions adolescentes pour mon mémoire de sociolinguistique (très peu de concepts, beaucoup de n’importe quoi ; c’est Paris III -je me serais bien lancée dans la publicité si j’avais été une jeune louve UMP, mais comme je préfère habiter dans une petite maison en terre cuite, ça ne va pas être possible).
Ensuite à moi le théâtre intégral de Brecht et le printemps à la BNF. A moi l’engagement militant. J’ai des amis qui me disent : alors quand est-ce que tu milites ? Quand tu prendras mon mi-temps, mes élèves en cours particuliers et mes cours à la fac. Tiens, tu feras ma lessive en passant, puis tu prendras ta main et tu la mettras dans ta face de désoeuvré.

lundi 7 mars 2011

En ce moment

j’ai cru remarquer une tendance : les cheveux tie and dye. Mais attends, moi j’ai pas besoin du coiffeur d’Alexa Chung : j’ai les cheveux tie and dye naturels. La recette ? Un tuto beauty fashion week ? J’ai expérimenté ça pour vous, les filles et les girls.

Tu vas à Intermarché. Tu achète deux colorations blonde à 4,40 euros –elles devaient dater de 1993. Tu les fais successivement. La première t’amène à un orange foncé, la deuxième à un orange plus passé. Ensuite tu vas chez le coiffeur pour récupérer une couleur châtain. Mais la couleur passe, étant donné que tu as été décolorée (même en orange, ca compte). Tu retournes à Intermarché acheter une quatrième couleur chatain. Et voilà, la couleur re-passe légèrement, et tes racines sont châtain foncé. Quatre mois plus tard : tie and dye Jean Paul Gauthier from the beauty contest. Laisse tomber comment j’ai les cheveux d’Alexa Chung, surtout depuis qu’un soir j’ai décidé de me faire moi-même un carré afin d’éliminer ces cheveux complètement bousillés –mais j’ai pas coupé droit comme d’habitude. Avec une queue de cheval ça ne se voit pas ; enfin depuis que j’ai assez de longueur pour me faire une queue de cheval.

Et voilà les filles ! N’hésitez pas à m’envoyer vos réactions. Il m'a semblé que les cheveux étaient la chose la plus importante dont il fallait parler aujourd'hui.
Et vous, vous avez quel numéro sur le nuancier L’Oréal ?

samedi 12 février 2011

Comment tenir toute une classe moyenne avec trois Ipod et une télévision (c’est facile).

Je pensais réellement qu’il était possible de prendre les enfants, et de rendre leur esprit si aiguisé qu’ils en viendraient à penser le monde avec précision. Mais il semble réellement -et je suis déçue à vingt-trois ans, il ne me reste plus qu’à me retirer du monde et à donner des cours particuliers aux bourgeois facturés trente euros de l’heure-, que le capitalisme soit le plus fort et que la possession des instruments technologiques fasse définitivement moisir leur cerveau (ils ne savent pas se concentrer plus d’un quart d’heure, ni parler, ni même lire : comment pourraient-ils un jour penser quelque chose).

Est-ce que trois profs révolutionnaires peuvent changer une génération abreuvée par le marché ? Comment amener une population à penser quelque chose d'intelligent politiquement si la plupart de ses membres même les plus pauvres sont heureux de participer à l’économie. Voilà pourquoi je déteste les objets électroniques. C’est l’instrument par lequel les plus exploités (et même les exclus) du capitalisme ont l’impression d’en profiter. Ils travaillent pour un SMIC chez Orange, mais ils ont un Ipod touch fly to the moon. Les plus pauvres se démerdent pour les acheter ou les voler ; ils acquièrent ainsi la reconnaissance qui est due à toute personne qui possède un objet électronique au sein de la classe moyenne. La possession d’un objet électronique, le divertissement qu’il permet, c’est avoir l’impression d’être bien, et la possibilité d’être considéré. Alors que tu n’es pas bien, exploité ou exclu, et alors que pour recevoir une quelconque considération il va falloir se lever de bonne heure mon petit chou.
On recouvre les chaînes de fleurs, et les chaînes sont invisibilisées (version blog de L’Introduction à la critique de l’économie politique de Marx : la technologie comme opium du peuple). Remarquons que l’objet électronique est vraiment un truc de classe moyenne, à laquelle on fait croire que c’est un truc de riche: posséder un objet électronique c'est croire que l'on peut être un sujet, comme le riche. C'est en fait être maintenu comme un con dans une économie qui te saigne à blanc.

La révolution qui chasse un dictateur amène le pays au niveau de la démocratie, et par là, le fait accéder au marché mondial. On n’est donc pas sortis de la berge. Puisqu’on est finalement loin du processus de prise de conscience de la réalité du système, donc loin de sa décomposition : le monde entier n’est même pas encore entré dans le marché mondial. Ne croyez pas que les révolutions du Maghreb révolutionnent quoi que ce soit pour nous (mais elles jouent pourtant ce rôle aux informations, l’image révolutionnaire est là, mais qu’a-t-on révolutionné ?). Ce sont des révolutions bourgeoises, elles vont porter le capitalisme dans ces pays. On y sera désormais libre d'être de bons consommateurs.

Devant mon échec quant à provoquer une quelconque amélioration intellectuelle chez les adolescents des classes moyennes, et compte tenu de toute l'énergie que je déploie; devant l’ampleur de la tâche révolutionnaire, je suis momentanément un peu fatiguée. Et en plus j'ai mal au dos, ça me rend très irritable.

vendredi 11 février 2011

Je me suis aperçue que

ce que j’aime faire c’est lire, aller à la BNF, tenir des cahiers de recherche Muji et autres. J’aime ça.

Je m’aperçois que ce travail de surveillante tue tout espoir d’innovation intellectuelle, et ravive les douleurs du passé (Lara Fabian a du l’écrire avant moi : les douleurs du passé/ Tu m’as laissée/ Tu m’as quittée/ Je suis restée là à errer. C’est même trop bon pour être du Lara Fabian). Parce que je suis moche et que je ne suis pas populaire dans la structure collège, selon laquelle les adultes alentours s’auto-calibrent (comprendre: toute l'équipe pédagogique me donne envie de me suicider). Parce que qui sort avec qui au Mac Do je m’en bats la race, parce que les cris aigus et les sautes d’humeur ça va bien cinq minutes (ré-instituons les punitions corporelles pour les calmer ces bâtards). C’est pas que j’aime pas les adolescents. Dans l’idée je les aime bien. Mais les éduquer c’est perdre une énergie folle et je préfèrerais tant qu’à faire, aller à Berlin, à la Filmothèque du quartier latin, boire des pina colada, aller à la piscine et lire n’importe quel auteur de philosophie (même Descartes ; même Heidegger. Non je rigole. « C’est pas drôle » diraient les collégiens. Et alors toi je vais te briser les doigts et après tu vas bien fermer ta gueule).