mardi 5 mars 2013

Quand je jouais du piano à la maison,

mon père disait que c’était « horrible » (il détestait le bruit; ça incluait la musique et ma voix -et encore, je n'ai jamais chanté. On n’a pas trop pris de gants avec moi quand j’étais petite: c’est pour ça que je suis une bourrine, à mon tour).
C’est pas que c’était horrible, c’est qu’il n’aimait pas Bach; c’est tout. Maintenant il apprend à jouer de la guitare, et on doit l’écouter jouer Jingle bell. Depuis deux mois. Une chanson. Je l’entends en fond sonore, quand j’appelle ma mère en rentrant de chez Cédric après le boulot. Alors moi je joue l’Impromptu et c’est horrible, et lui il joue Jingle Bell et on doit l'écouter tranquillement. Pas de problème. Je vais juste le vanner jusqu'à la fin des temps.  

lundi 25 février 2013

Depuis quelques temps,

 je me sens bien en salle des profs. Je viens de comprendre que c'est exactement comme une réunion de famille. J’ai deux trois piliers absolument bienveillants, d’autres qui m’aiment moins; j'admire certains "grands", comme mes cousins ; je leur fais tous une place, ils sont là. Ce ne sont pas mes amis. On n'est pas exactement sur la même longueur d'onde; c'est pas ce genre de relation. Mais on est bien, on se vanne fort sur ce qu'on est, parce qu'on se connaît,  quand même, et on sent que tout va bien. On est tous ensemble, on organise nos présences conjointes de façon à ce qu’elles soient confortables. Une prof de maths toujours sapée ressemble à ma tata Rolande. Ça fait tellement du bien.

samedi 16 février 2013

Je suis toujours heureuse de revenir de soirée, et d'être encore vivante. De rentrer chez moi une fois que le soleil est levé et d'avoir survécu.

vendredi 8 février 2013

En allant chez le docteur, j'ai croisé Elie Chouraqui, en version femme. Je rigole encore.

mardi 5 février 2013

En ce moment je suis malade.

Je n’ai pas récupéré de mon week-end de ouf guedin (y’avait du vomi, de la vodka et de la bagarre : presque comme chez Bukowski ; et les filles m’envoient des textos : « c’était trop bien on la refait quand ? ». Très bien. La prochaine fois on prend de l’héroïne et on fume un mec qui dit « oki » dans un mauvais club des Grands boulevards) et déjà j’ai manqué le lundi. Je suis restée dans mon lit parce que je n’avais plus de voix: j’avais crié et fumé et refumé, marché à six heures du mat jusqu’à Bastille –je me rappelle moins de cette partie là. Puis aujourd’hui mardi j’ai oublié mes clefs du collège. J’ai failli chialer quand en salle des profs, j’ai eu l’impression qu’on ne m’accueillait pas avec assez de chaleur –ça c’est la fatigue; d'habitude je ne m'en formalise pas. J’ai encore failli chialer à la récré, parce que je ne supporte plus le stade en ovation que forme la classe jouxtant la mienne. La vieille (la prof, ma voisine) elle est à Villecresnes, elle a les élèves de Villecresnes (les plus mignons jamais vus), et ils font la ola dans son cours. Ils tapent des pieds puis lèvent les bras en criant « ouaiiiiis ». Environ une vingtaine de fois par heure avec des pics durant lesquels je ne peux pas parler. Et mes élèves se regardent atterrés ; silencieux. C'est ça le pire. J’ai vu un élève entrer à quatre pattes dans cette salle. A quatre pattes les mecs !
Bref, il me faut deux jours pour récupérer d’une seule nuit. Et je chiale encore deux jours après ça. Tranquille. La forme.

C'est mon style d'être flex. Après tout je le garde.

Vendredi, mes élèves de mes deux classes de quatrième m’ont encore dit qu’ils m’aimaient et que j’étais leur prof préférée de tous les temps. What's the point: quelqu'un leur a dit que j'allais mourir ou ne plus jamais revenir et ils ont senti l'urgence?
On bosse bien j’ai l’impression, il y a une vraie émulation, je ne suis jamais toute seule à réfléchir. Et on s’amuse grave en même temps. Ils viennent me soumettre au bureau après la sonnerie, leurs hypothèses interprétatives, celles qui restent, celles qui leur trottent dans la tête, celles pour les cours prochains. Je kiffe.

lundi 28 janvier 2013

Classique erreur de débutant.

 Maintenant que je n’ai plus peur et que je dors plus de deux heures le dimanche soir, que je suis flex, que je les ai presque tous (je les ai, je les ai eu du geste du bras, à recommencer en permanence avec de nouveaux stratagèmes, mais ça marche, en gros), qu’on s’éclate, qu’on se vanne qu’on travaille. Je peux passer des soirées entières à Belleville à exulter à propos de mes petites victoires, avec Djamila, autour de mojitos. Elle comprend très bien ; elle vit les mêmes. On se comprend bien en général.    
 
Maintenant donc, ils croivent trop que je suis leur pote. Ils croivent trop que Madame Reine c’est leur pote. Madame Reine, elle est pas trop bien cette prof ? Elle met des Nike et des montres de hipster. Ils se surprennent à me tutoyer, comme ça, dans leur élan, ou à me vanner sans lever la main. Et voilà, on me l’avait dit. Je l’ai pas vu venir et c’est venu. L’erreur du débutant, ils croient que je suis leur pote. L’erreur classique, que je croyais réservée à ceux qui vraiment ont mal négocié un virage (qui ne sont pas bien finis). Je dois jouer le professeur. Mais je ne sais pas faire ça, j'ai envie d'être Marine, et de m'amuser (et d'écouter Marvin Gaye). C'est pas possible.   

lundi 14 janvier 2013

On tourne un film dans une maison de Villecresnes.

Avec camions, projos, loges, cantine, rue bloquée et tout. La suite de bienvenue chez les Ch’tis, peut-être. Bienvenue dans le 77, un truc comme ça.

On n’est tous pas bien bien normaux,

 dit Debarb. Pourquoi tu dis ça ? C’est parce qu’on fait des sports bizarres ? Je sais, Rassine fait du clown et du ping-pong, Djami de l’escalade... On ne sait pas coucher avec les gens sans les connaître un peu, ou bien avoir joué aux petits papiers, ou fumé du shit (ça c’est pour moi). Mais on bosse dessus. Le handicap social dû à la « fracture d’inadaptation fondamentale », comme dit Houldebecq, se rattrape lentement (quand on est pas un imbécile heureux, on ne sait pas trop se fondre parmi les imbéciles heureux, aka les pions, ceux qui ont déjà des bébés et qui ont du papier peint à motifs chinois dans un immeuble de Dreux ; ils ont même tendance à nous martyriser). On compte aussi sur la décrépitude accélérée des sus-cités, qu’ils habitent Dreux, Châteauroux, Bourges, Saint Amand ou Vierzon (et pour eux, c’est pire)... D’ici deux ans les meufs auront cessé de se teindre correctement les cheveux et les mecs seront dégueulasses. Coucou Virginie et Sébastien ! Et nous on sera au summum de notre magnétisme sexuel (ça ne veut rien dire ; mais il augmente d’année en année, et personne ne l’aurait soupçonné).

En ce moment je rejoue du piano

dans une petite salle du collège, et j’avais oublié à quel point c’est bon, le contact des touches. Presque autant que d’avoir un mec. Ma famille ne va pas s’en remettre, mais selon toute probabilité, je jouerai l’Impromptu sur mon piano droit et je n’aurai jamais de mari (ou bien un teubé, si un jour vraiment je fais trop de crises d’angoisse la nuit ; pour l’instant le lexomil et moi on s’achemine vers le PACS -si c’est pas interdit).